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CommentAuthorTyKayn - CommentTimeMar 1st 2008 édité
Les contes pour enfants, ont une dimension préventive et éducative, mais malheureusement implicites.
Le petit chaperon rouge par exemple, raconte un viol avec nombre de périphrases, mais moi enfant je ne l'avais jamais compris ainsi, les métaphores ne m'atteignant pas, je me disais "ce n'est que l'histoire de cette personne", jamais ça ne m'arriverait de penser que cette histoire pourrait me concerner.
Et je pense ne pas être le seul dans ce cas.
les émissions "violentes" ou à caractère sexuel (parfois c'est beaucoup dire: "ho mon dieu! ils se sont embrassés sur la bouche dans ce film!") sont restreintes à un public plus âgé. Laissant dans le mystère les plus jeunes.
En diabolisant la sexualité et en l'éloignant (visuellement) des plus jeunes par la censure, par frustration ou curiosité nous faisons la démarche d'aller à leur rencontre, virtuellement ou sensiblement, à tâtons, en marchant danss le noir sans aucun guide.
Je pense que la censure, dans une grande partie de son action, n'est pas une bonne chose.
Tôt ou tard, le voile tombe et la vérité se fait entendre, et si c'est plus tard que tôt, plus dure est la chute.
En plus de nous étriquer l'esprit, elle nous enferme dans un carcan qui nous empêche de faire nos propres expériences, de voir le monde comme le pays des bisounours pendant notre enfance et ensuite de tomber de haut en s'apercevant que si le loisir est possible c'est grâce au travail (par exemple).
Peut-être que voir de la violence ne nous donnerait pas envie de l'utiliser, peut être qu'en étant moins cachés de la sexualité il y aurait beaucoup moins de dérives, peut être que plus personne ne dira "je n'ai connu mon premier orgasme qu'à 45 ans".
Peut être faudrait-il privilégier le pragmatisme dans l'éducation, la patience, le fair-play, la maîtrise de soi, l'éducation sexuelle, l'épanouissement personnel.
Ne pas laisser la télévision faire l'éducation de nos enfants.
Si voir des sexes masculins et féminins à la télé arrive tous les jours, trouverons-nous toujours un tel engouement populaire pour les images de sexe ?
Sans aucune censure n'y aurait-il pas plus de dérives, de pervers, de crimes, ou alors plus rien de spécial, d'excitant, d'original tant tout ne sera que futilité ou monnaie courante...
Mais ceci est-il dû à la censure ?
La censure produit-elle des choses bénéfiques ou n'est-elle qu'un fardeau?
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- CommentAuthorJori
- CommentTimeMar 19th 2008 édité
La censure sert avant tout à protéger. On ne dit pas qui ou de quoi, par contre. Lorsqu'on interdit les enfants de voir un film porno, c'est parce qu'on a peur qu'ils aient envie de faire pareil. Parce que les enfants sont imitation : ils imitent ce qui les entourent, pour apprendre. Ils ont besoin d'expérimenter.
Le problème est là : l'ignorance est bénie. C'est ainsi qu'un censureur interprétera son action. Parce que toutes les vérités, toutes les réalités, ne sont pas bonnes à dire ou à savoir. Avons nous la structure mentale pour affronter la dure réalité? La censure estime qu'il faut avoir 18 ans. Ou être membre du parti.
Si j'ai fait quelque chose dont j'ai honte, n'est il pas normal que je n'en parle pas?
Mais en même temps, comment transmettre mon savoir, comment expliquer aux autres pourquoi ce que j'ai fait n'est pas bien? Trop de censure empêche effectivement les personnes de se faire leur véritable opinion.
Est ce qu'utiliser certaines métaphores pour édulcorer une réalité n'est pas non plus une forme de censure? L'exemple le plus connu étant : "coucher avec quelqu'un" en lieue et place de "avoir des rapports sexuels" (qui est déjà une phrase édulcorée).
Lorsque j'étais en formation de pompier, un de nos supérieurs nous a montrés, en photo, à quoi ressemblait les grands accidentés, là où d'autres personnes nous auraient mis leur main pour qu'on regarde pas.
L'explication de cet événement est simple : il nous a fait prendre conscience d'une réalité, dans toute son ampleur, dans toute sa douleur. Pas une personne n'en ai ressortie indemne. On ne dira plus "allons voir l'accidenté" le coeur léger comme auparavant, on sait désormais ce que veut dire un coup de téléphone qui nous dit : "accident sur la nationale".
Ce qui nous responsabilise au maximum. Nous prépare mentalement. Beaucoup de personnes ont décidé de ne pas devenir pompiers à la suite de cette formation.
Comment savoir jusqu'à quel point la censure est bénéfique ou mauvaise? C'est au cas par cas qu'il faut traiter, suivant le sujet, la personne, et la responsabilité qu'on demande. Si je ne parle pas de sexe à mes enfants, comment vont ils savoir de quoi parle-t-on? Notre instinct nous pousse à avoir des relations, de façon naturelle, vu que c'est l'instinct. Comment lui expliquer, à l'enfant, que ce que son corps lui dit de faire de façon naturelle n'est pas forcément ce qu'il y a de mieux à faire, dans le monde dans lequel nous vivons? La censure, en édulcorant ou en omettant quelque chose de si important et d'impactant pour la plupart d'entre nous, provoque un déficit d'information, un déficit qui se verra plus tard.
Plus on sait, plus on connait les conséquences. Plus on sait, plus on a envie de faire. La censure est un élément supplémentaire qui retire le libre arbitre aux personnes, de faire leur choix en âme et conscience. Mais justement, sommes nous prêts à faire un tel choix en dessous d'un certain âge?
Ensuite, je ne pense pas que la pornographie soit un bon moyen d'informer non plus, car c'est une vision totalement erronée de la réalité également.
Est ce que se balader habillés est une forme de censure?
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- CommentAuthorLauwenmark
- CommentTimeMar 23rd 2008
Quelques commentaires en passant...
I. Que le petit chaperon rouge raconte une histoire de viol avec nombre de périphrases, c'est une analyse effectuée à postériori, sans qu'aucun élément ne permette d'en déterminer l'intention initiale. Il est un fait certain que la plupart des analyses effectuées sur le conte l'ont été soit sur la version de Perrault, soit sur celles des Frères Grimm. Or, on sait aujourd'hui que le conte participait depuis longtemps déjà à la tradition orale, probablement depuis plusieurs siècles. Dès lors, lesdites analyses sont souvent faussées par le simple fait qu'elles prennent comme base de travail la symbolique et le langage du XVIIème et du XIXème siècles, et non celle plus probable du Moyen-Âge tardif.
Replacé dans le contexte d'une transmission essentiellement orale du savoir, dans une société emprunte de superstitions en tous genres, le conte apparaît comme un avertissement à toujours redoubler de prudence face aux dangers qui menacent l'imprudent sous des abords sympathiques.
On pourrait objecter la grande convergence d'indices qui tendent à démontrer la métaphore du viol dans le conte; toutefois, il ne s'agit là que d'une analyse n'en excluant pas forcément d'autres. Un parallèle direct peut être fait ici avec les analyses du Seigneur des Anneaux, dont les résultats ont le plus souvent été vivement rejetés par Tolkien lui-même. Ne confondons pas "intention" et "lecture", souvent au travers d'une grille symbolique dont la complexité ne s'accorde tout simplement pas au lectorat original.
II. Sur les émissions violentes ou à caractère sexuel: il ne faudrait pas oublier que la télévision présente surtout et avant tout des versions déformées, théâtralisées de la réalité, et non la réalité elle-même. Le danger pour le jeune est ici le risque de confusion entre ces deux mondes, l'un réel, l'autre caricatural et souvent simpliste. Il est d'ailleurs significatif que, généralement, les films pornographiques ou à caractère érotique sont dotés d'une signalétique très restrictive, tandis que les documentaires sur la sexualité ne le sont pas.
N'oublions pas non plus qu'un public plus jeune ne se satisfait pas de la "réalité crue", que ce soit en matière de violence ou de sexualité - il est nécessaire d'expliquer, de présenter, d'exposer. C'est là un rôle non seulement parental, mais qui doit également être celui des médias. L'exposition progressive de l'enfant au monde réel tout au long de son éducation n'est pas une spécificité de notre culture, mais se retrouve comme une constante à travers toutes les époques et toutes les sociétés. Présenter sans garde-fous violence extrême ou pornographie aux plus jeunes, c'est leur attribuer une maturité et une capacité d'assimilation et d'abstraction similaire à celle des adultes: or, tout tend à démontrer que tel n'est pas, dans la grande majorité, le cas.
III. Sur les jeunes "laissés dans le mystère": ici aussi, on peut parler de "parcours initiatique" en ce qui concerne la sexualité; c'est à nouveau une constante à travers toute l'humanité (il suffit pour s'en convaincre d'énumérer les rites initiatiques ou de passage qui marquent le passage à la maturité partout, que ces rites soient explicites et publics ou implicites et plus privés). Évitons aussi l'image réductrice du "jeune-potiche": la grande majorité des adolescents finissent par découvrir eux-mêmes de quoi il en retourne. On pourrait d'ailleurs dire que cette part d'initiative personnelle fait partie de nos propres rituels de passage. Sans doute celui qui "reste dans le mystère" n'est-il pas prêt à faire le pas vers le degré suivant de connaissance.
IV. Sur la diabolisation de la sexualité: je ne vois pas en quoi la sexualité est diabolisée en Europe Occidentale de nos jours. Certes, il y a des tabous, des règles, des non-dits - comme dans tous les autres domaines qui régissent la société. Ce qui est "diabolisé", c'est la publicité de l'acte sexuel - dans notre société, le sexe est avant tout quelque-chose qui se pratique en privé, et l'exhibitionnisme tend à être condamné. Les médias ne font pas autre chose que de reproduire cette règle, en maintenant une certaine "pudeur" visuelle et de distribution.
V. Sur l'effet étriquant de la censure: ici, tout est une question de mesure. La liberté de la presse ou d'expression est un fondamental important - "chacun peut exprimer son opinion publiquement". De là à conclure que tout est bon à dire n'importe où, il y a une large distance, et d'autant plus que le public ciblé est jeune. Quel parent considérerait comme normal que leurs enfants soient manipulés par une publicité mensongère et libre de toute contrainte, par exemple ?
Le but premier de la censure est d'éviter, autant que possible, l'exposition d'un public-cible à un type d'information particulier. Or, il est acquis qu'un enfant ne dispose pas de facultés d'abstraction et de relativisation des faits aussi développées que l'adulte. Dès lors, il est non seulement normal, mais très sain de proposer non pas une réalité dont il n'est pas à même de saisir toutes les implications, mais une forme édulcorée, enrobée, selon des codes et des symboles à sa portée.
Quid du "tomber de haut" ? Là, c'est avant tout une question de message transmis par les médias, et, ici aussi, la censure peut - doit - jouer un rôle éducatif. La plupart des dessins animés (ceux destinés aux enfants, je ne parle pas de ceux à destination d'un public plus adulte) soulignent en général fortement (et parfois jusqu'à l'écoeurement) les règles de base de la société dans laquelles ils s'inscrivent: "l'union fait la force", "respecte l'autre comme ton égal", "la violence ne résout rien", "tout gain demande un travail", etc. C'est l'un des rôles de la censure que de veiller à ce que la fracture entre les messages envoyés par les programmes destinés à la jeunesse et le mode de fonctionnement de notre société ne soient pas trop large. Ce qui ne veut pas non plus signifier tomber dans l'excès inverse: une censure trop rigide édictant des dogmes incontestables. Tout ici n'est qu'une question d'équilibre.
VI. Sur le "peut-être que voir la violence ne nous donnerait pas envie de l'utiliser": le "peut-être" ne se pose même pas. Toutes les études menées à e sujet démontrent soit l'absence d'influence, soit une influence négative sur la violence du public.
Privilégier le pragmatisme, la patience, le fair-play ? Bien entendu. Mais qui a jamais prétendu que l'épanouissement personnel était incompatible avec la censure ? D'ailleurs, tout parent un tant soit peu responsable veillera assurément à inculquer à son enfant la valeur du fair-play ou de la patience, tout comme il démontrera les dangers de la violence ou de l'individualisme. Ne pas laisser la télévision faire l'éducation de nos enfants ? Naturellement - mais là encore, c'est un débat tout autre que celui de la censure.
Voir du sexe à la télé tous les jours réduirait-il l'engouement populaire pour de telles images ? Je répondrai par une autre question: la légalisation de la prostitution a-t-elle réduit le nombre de violeurs et de sadiques sexuels ?
Pointer du doigt la censure suiscitant l'envie par l'interdit, c'est pointer la conséquence pour la cause, et faire justement preuve d'une sorte de "vision rose" du monde, en assimilant tout être humain à un individu mesuré et libre de toute envie, ambition, ou défaut. Au mieux, je n'y vois que la recherche d'un bouc émissaire pratique évitant la remise en question de soi et de ses propres limites; au pire, une incompréhension profonde de la nature humaine et des sociétés dans lesquelles nous évoluons.
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