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- CommentAuthorJori
- CommentTimeApr 17th 2008 édité
De plus en plus de personnes réclament leur droit à disposer de leur corps, comme bon leur semble. Que ce soit le droit de le droit de maigrir de façon irréfléchie - anorexie -, le droit de souffrir pour son plaisir - masochisme -, se tuer pour abréger ses souffrances - euthanasie - ou plus simplement, le tabagisme.
C'est un vaste sujet, mais qui a un tronc commun : jusqu'à quel point disposons-nous du droit de faire ce que l'on veut de notre corps? Jusqu'à quel point la société dont nous faisons partie n'a pas son mot à dire sur nos comportements personnels? Si un comportement minoritaire n'est pas admis au sein de la société, c'est qu'il y a eu une raison par le passé qui a poussé la société à "statuer" à ce sujet. Est-ce que cette raison est toujours valable?
Les hommes et les femmes qui composent notre société ont le devoir de protéger ses membres, parfois d'eux-mêmes. Si un individu s'auto-mutile, provoquant parfois l'irréparable, même si il croit le faire sur sa personne exclusivement, en réalité son acte va toucher la société, car elle ne vit pas seule. Une personne qui se suicide provoque des réactions sur ceux qui sont restés, qui peuvent être très négatives. Une mère peut être amenée à une dépression parce que son enfant s'est suicidé, par exemple. Dans ce contexte, la société à une réaction de protection envers le "tout" qu'elle forme, en tentant d'empêcher les comportements trop déviants de ses individus. Par exemple, si les pro-ana qui font du prosélytisme rencontrent du succès, c'est la société qui est en danger.
Où s'arrête notre liberté à disposer de notre corps? Quel devrait être la limite?
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CommentAuthormee2 - CommentTimeApr 17th 2008 édité
Dans ce contexte, la société à une réaction de protection envers le "tout" qu'elle forme, en tentant d'empêcher les comportements trop déviants de ses individus. (...)
La protection d'elle-même qu'assure la société (ou plus exactement le gouvernement de la société) en normalisant les individus est certes compréhensible, et peut sembler être une réaction organique logique, qui permet la survie du méta-organisme qu'elle constitue. Cependant, il est visible qu'une trop grande répression (qu'elle se fasse par l'intermédiaire d'une police ou via des normes sociales (morale, religion)) tend à uniformiser la société. Or cette uniformisation est néfaste en ce qu'elle empêche - du moins rend difficile et peu probable - l'invention, et par suite le progrès [1]. Et l'absence de progrès, de fait, conduit au mieux à la stagnation, au pire à la dégénérescence de la société. Il est possible, et il me semble probable, que les conséquences néfastes de, par exemple, un suicide (tristesse des proches, etc.), soient moindres que celles qu'auraient la police et la morale nécessaires à empêcher les suicides d'advenir (ce qui ne veut pas dire que la prévention du suicide soit mauvaise, la limite entre "prévenir" et "empêcher" restant certes floue).
On notera surtout que cette "protection" est en réalité le fait d'un gouvernement qui, distinct de la société (tout en en faisant, la plupart du temps, partie), ne prend pas nécessairement des décisions adaptées, ne les fait évoluer que lentement, et ne les adapte pas au progrès que fait la société. D'où le risque d'uniformisation, mais aussi celui d'avoir une législation (ou une morale) contre-productive qui peut aller jusqu'à empêcher frontalement des progrès d'avoir lieu.
Malheureusement, qu'une coercition concernant la liberté individuelle ne soit pas justifiée ne résout le problème pratique qui se pose concernant, par exemple, les anorexiques ; sa liberté individuelle n'empêche pas qu'on propose son aide à son voisin, et, à la limite, il est difficile de défendre l'avoir laissé goûter de la mort aux rats "parce que c'est son droit, que noussommesétions fâchés, et qu'il m'a dit de la fermer quand j'ai voulu lui parler par dessus la clôture".
[1] Lire à ce sujet J.S. Mill, ou pour être plus moderne, mais dans une moindre mesure G. Bechtel.
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- CommentAuthorJori
- CommentTimeApr 17th 2008
A force de vouloir protéger la société, à force de vouloir l'uniformiser, comme dans les gouvernements totalitaires, on peut provoquer la stagnation de la société, l'arrêt précisément du progrès. Pouvons nous dire que le communisme, où tout était planifié, aurait empêché d'autres secteurs de la société, jugés moins "importants" comme par exemple la mode, le cinéma ou la culture du loisir en général, d'évoluer?
A contrario, un total laisser-faire permettrait donc à la société d'évoluer. Mais les plus faibles viendraient à disparaître à long terme. Si on prend par exemple le cas des anorexiques, on pourrait les laisser faire leur propagande. Avec leur mort, le monde n'aurait plus d'anorexiques et cette caractéristique de faiblesse mentale ne pourrait pas être transmise à leur descendance. C'est du pur darwinisme : la nature finira toujours par débarrasser une espèce de ses représentants les plus faibles.
Alors, où se situe la vérité? Pouvons-nous plaider la "non assistance à personne en danger" si on voit quelqu'un fumer - ne pas manger - conduire dangereusement ? Est-ce que la disparition des personnes déviantes par pure logique darwiniste n'est elle pas non plus une atteinte à la diversité?
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CommentAuthormee2 - CommentTimeApr 18th 2008 édité
C'est du pur darwinisme : la nature finira toujours par débarrasser une espèce de ses représentants les plus faibles.
L'intérêt de la société humaine est justement qu'elle tente de protéger les éléments les plus "faibles", c'est peut-être même sa raison d'être : l'humanité veut aller contre les forces de la nature, et ne supporte pas la destruction de ses représentants, même faibles. (Bien entendu, certains n'ont que peu de scrupules à éliminer eux-mêmes d'autres gens, pour peu que cela serve leurs intérêts. Il est cependant significatif que les classes ainsi exploitées et détruites aient le plus souvent été infériorisées jusqu'au point de ne plus appartenir au genre humain : "les noirs n'ont pas d'âme", "les juifs sont une race inférieure" [0].)
Cette protection des plus faibles ne va pourtant pas contre la sélection naturelle (même si elle semble le faire) en ce qu'elle peut éventuellement, en fin de compte, faire progresser l'espèce. Dans ce cas, la protection des faibles est un comportement adéquat du point de vue de la sélection naturelle. De fait, l'altruisme animal [1] est un phénomène déjà bien connu, et, dans certains cas au moins [2] il a visiblement pour origine la sélection naturelle.
Il ne faut néanmoins pas confondre protection des plus faibles et conservation des plus faibles. Je veux dire que ça n'est pas parce que l'uniformisation est néfaste qu'il faut créer des parcs naturels de sauvegarde des anorexiques, des homosexuels (c'était un comportement terriblement déviant il y a très peu de temps), etc., où l'on forcerait les anorexiques à se nourrir, les homosexuels à s'accoupler entre eux, mais hétérosexuellement [3], dans le but de préserver leurs différences. C'est pourtant, dans le principe, la même chose que de vouloir soigner malgré eux des malades.
[0] Point Godwin.
[1] http://en.wikipedia.org/wiki/Altruism_in_animals par exemple
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Sélection_de_parentèle - il ne s'agit certes pas d'un altruisme au sens commun du terme, mais il permet de montrer que la théorie de l'évolution explique aussi ces comportements
[3] Ce qui poserait une grave question : à supposer qu'il existe, le gène de l'homosexualité masculine est-il le même que celui (tout aussi hypothétique) de l'homosexualité féminine ?
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