Pourquoi l’Humanité ne lutte pas de toutes ses forces pour vaincre la Mort ?

Il n’y a qu’une seule chose dont nous sommes sûrs : nous allons tous mourir. On ne sait pas quand, sauf sans doute pour ceux qui ont décidé de se suicider, mais on en a tout de même une vague idée : nous savons qu’en moyenne, nous allons cesser d’exister entre 80 et 100 ans, guère plus. Toute notre existence se construit sur cette date fatidique inconnue, mais qu’inconsciemment nous calculons quelque part lors du 3ème âge. La question que nous sommes en droit de nous poser est simple : pourquoi faisons-nous au quotidien comme si notre Mort future n’existait pas ?

Cette réflexion est de plus en plus vive dans nos esprits. Par le passé, les religions et les croyances permettaient d’affronter la Mort sereinement, ou presque, l’Humanité ne doutait pas qu’il y avait une Vie après la Mort, sans doute meilleure que celle que l’on mène sur Terre. Au XXIe siècle, nous en sommes moins sûrs. La montée des athées, rejetant toute religion, des agnostiques, disant qu’ils ne savent pas et la Science ont semé le doute dans les esprits de notre temps, provoquant de graves crises d’identité, d’incertitudes, et pour beaucoup, des réactions violentes de déni.

Instinct de survie

Nous sommes, en tant qu’êtres humains, un affreux paradoxe. Tout notre être est tourné vers la Vie. La Nature nous a dotés d’un instinct de survie, afin de parer aux dangers de mort immédiats. C’est pour cela que nous sommes prudents en traversant une rue, c’est pour cela que nous prenons des médicaments lorsque nous sommes malades, et que nous faisons attention à notre alimentation. Mais ces efforts sont, à long terme, vains. Mais même si notre personne est tournée vers la Vie, nos agissements prennent en compte cette donnée effroyable : un jour, nous ne serons plus de ce monde.

Ignorer la Mort

La grande question est de savoir si notre Conscience survit à la perte de son corps physique. En l’absence de réponses, il n’y a que deux issues qui s’ouvrent à nous : soit nous donner des réponses nous-mêmes, basées sur des croyances, la Religion, soit ignorer la Mort, purement et simplement, faire comme si elle n’existait pas. Ignorer la Mort, ou faire semblant de l’ignorer, c’est sans doute une des meilleures attitudes à avoir : ne pas y penser permet de ne pas s’en inquiéter, de ne pas avoir de crises d’angoisse, et de toute façon, on verra bien si il y a quelque chose ou pas une fois six pieds sous terre.

L’immortalité des gênes

Il existe au fond de nous une tendance à vouloir l’immortalité : nos gênes. En transmettant nos gênes à nos enfants, les gênes continuent de « vivre ». Nous pouvons nous en satisfaire, en disant que nous allons vivre par nos enfants, mais au fond de nous, nous savons que nos enfants sont des entités distinctes, ils ne sont pas un prolongement de notre conscience. Nous vivons pour nos gênes, pour les transmettre. Bien sûr il existe des exceptions, comme les personnes qui ne désirent pas d’enfants, mais ce type de choix n’invalide pas le raisonnement global, il est identique à la personne qui se suicide, qui contredit l’instinct de survie basique.

Vieillir, principale cause de mortalité

Dans un monde on nous luttons contre toutes les causes du décès, comme les maladies, les suicides,  les accidents de la route ou domestiques, il est étonnant que personne n’aie pris en compte la plus grande cause de mortalité : vieillir. Nous sommes pourtant à l’aube de découvertes scientifiques extraordinaires, qui vont nous donner un contrôle sans égal sur la Vie, sur notre corps, sur le vieillissement. Quelques personnes, comme le britannique Aubrey de Grey, travaillent à la prolongation de la vie, autant que possible. Leur rêve est de s’affranchir du vieillissement, et éliminer cette cause de la Mort. On dirait bien qu’ils peuvent y arriver, si toutefois à chaque découverte, il n’y a pas de plus en plus de questions qui se soulèvent, compliquant toujours plus la tâche ardue de rendre nos corps insensibles au vieillissement.

Résignation face au vieillissement

Nous dépensons ainsi des sommes colossales chaque année dans la recherche et la prévention de causes de décès « classiques » et acceptables, qui nous semble évitables, mais acceptons avec résignation la principale cause de mortalité, sous prétexte qu’elle est naturelle, voire même impossible à changer. Ceci n’est plus, actuellement, exact. Ce n’est plus une chimère ou un doux rêve, c’est un objectif que nous devrions atteindre, et qui est tout aussi peu naturel pour un être humain que d’aller sur la Lune ou la pilule. Nous maitrisons de plus en plus notre corps, nous nous affranchissons de plus en plus des contraintes de la Nature. Il semble exagéré de croire que nous puissions trouver un remède contre le vieillissement alors que nous n’arrivons même pas à guérir les cancers, mais il n’en est rien : la recherche triomphera, tôt ou tard.

La recherche scientifique contre la Mort

En sachant ça, pourquoi notre société ne met pas toutes ses forces pour accélérer le processus ? Les scientifiques qui se sont lancés à corps perdu dans cette quête de la source de jouvence, de la jeunesse éternelle sont assez peu nombreux, et souvent sont perçus comme des loufoques, car « c’est bien sûr impossible ». Les pionniers ont toujours du souffrir de ce genre de réflexions, mais ça ne les a pas empêchés de chercher, de se tromper souvent, mais aussi de réussir, révolutionnant ainsi le monde qui les entoure. Il serait étonnant de comparer les budgets alloués chaque année aux crèmes antirides, à la chirurgie esthétique et tout ce qui a pour but de masquer l’âge, aux budgets alloués à la recherche fondamentale sur le vieillissement. On désire camoufler les effets de l’âge, parfois de façon extrême, mais rares sont ceux qui pensent à la possibilité d’en finir avec le vieillissement…

L’angoisse de la Mort

Mais la Mort, c’est différent. C’est notre plus grande peur, notre plus grande angoisse. C’est ce qui guide nos pas, qui justifie notre existence et nos actes inconscients. Les tentatives d’atteindre l’immortalité dans la mémoire des hommes, par un acte grandiose, par l’Art, ou simplement en ayant des enfants en sont l’illustration. Nous n’arrivons pas à parler de la cessation de notre existence. Certains trouvent réconfort en la religion, qui peut donner des certitudes, d’autres tentent de ne pas y penser, jusqu’au jour où ils sont confrontés avec la possibilité de leur propre mort, avec le décès d’un proche par exemple, ou d’une maladie grave. La Mort est un tabou, car en parler risque de remettre en question trop de fondamentaux, de notre construction en tant que personne.

Déni de la Mort

Imaginons que vous saviez que vous alliez mourir dans une semaine. Que feriez-vous pendant les 7 jours restants de votre vie ? Peut-être profiterez-vous le plus possible des jours restants, en vivant intensément. Ce déni de la Mort est un gâchis, pour notre vie présente, parfois morne et monotone. Sans le compte-à-rebours, on remet au lendemain, on s’imagine qu’il y a toujours un « après ». C’est faux, et chaque jour qui passe est un jour de moins dans notre Vie. Même si on est croyant et que pour nous le Paradis est une réalité, c’est tout de même un jour de moins sur Terre, un jour de moins pour profiter de sa condition d’être humain. La procrastination, remettre au lendemain ce que l’on peut faire aujourd’hui est un début d’explication psychologique : la peur de vivre intensément. Mieux vaut ne pas accorder trop d’importance à la vie, pour ne pas avoir à être malheureux de la quitter le moment venu…

Le suicide comme libération

Pour quelqu’un qui croit à la vie après la mort, et qui est malheureux sur Terre, pourquoi ne se suicide-t-il pas immédiatement ? Il est assez simple de se tuer, et donc de se libérer de cette vie qui nous fait tant souffrir. L’espoir fait vivre, comme on dit, et on se dit que de jours meilleurs viendront… L’instinct de survie primaire y est aussi pour beaucoup, il est omniprésent, hérité d’une longue évolution : il fallait vivre suffisamment de temps pour pouvoir transmettre ses gênes. Mais la principale raison est bien sûr le doute, qui ronge et travaille au plus profond de nous-mêmes : suis-je vraiment sûr qu’il y a une vie après la Mort ? Les martyrs islamistes extrémistes qui n’hésitent pas à se suicider croient dur comme fer en la vie après la Mort, encore que pas tout à fait : il y a ceux à qui on promet de s’occuper de leur famille quand ils ne seront plus là…

Raisons nous empêchant de lutter contre la Mort

  • Parler de la Mort, c’est admettre qu’elle existe. Si nous nous sommes construits en ignorant la Mort, il faut tout faire pour ne pas en parler ! Faire comme si nous étions immortels, comme si ce jour ne viendrait jamais. Lorsque l’on s’en rend compte, la solution la plus souvent envisagée est de se rapprocher de la religion.
  • La Honte d’en parler : l’être humain est un animal social, et doit être accepté par ses proches. S’il parle de l’immortalité, il a peur d’être pris pour un loufoque, un rêveur, et risque d’être marginalisé. Combien de fois la honte nous a empêchés de véritablement faire ce dont nous avions envie ?
  • La religion : toutes nos croyances se basent sur une vie après la mort. Si on travaille pour lutter contre le décès, c’est vouloir jouer à Dieu, c’est renier sa religion, sa croyance, ce qui conforte notre esprit à l’idée qu’il va disparaître.
  • Au niveau de l’Evolution, nous n’avons pas été programmés pour la prendre en compte. Dès lors que nos gênes sont transmis, nous n’avons plus d’utilité pour l’Evolution, et pouvons donc vieillir et mourir. Il n’y a pas d’avantage pour une femme à vivre 50 ans de plus après la ménopause, d’un point de vue évolutif : juste ce qu’il faut pour pouvoir élever ses enfants. L’évolution n’a donc jamais été un facteur qui aurait pu nous faire vivre de plus en plus vieux.

On voit que toutes ces raisons, hormis l’évolution, ont un point commun : la Peur. C’est la Peur qui nous bloque dans nos actions, qui nous empêche d’agir, alors même que nous savons que c’est ce qu’il faut faire. La Peur est la plus grande ennemie de l’Homme, le plus grand blocage empêchant notre progrès.

La Mort aujourd’hui

Toutes ces causes sont petit à petit en train de disparaître. Ceci provoque pour beaucoup, des réactions violentes de rejet, de déni : la face la plus visible est l’extrémisme religieux, qui sont comme une réponse à l’évolution de nos sociétés. La religion n’est pas forcément une ennemie de la recherche contre la mortalité, ni du progrès scientifique. Je ne me souviens pas d’avoir entendu Dieu dire qu’il fallait absolument respecter l’ordre naturel des choses, mais plutôt que l’Homme devait profiter de ce qui se présentait à lui. Mais il est clair que si nous n’avons plus peur de la Mort, les raisons pour aller à la messe s’amenuisent. L’Europe est de moins en moins religieuse, et ignore de plus en plus la Mort. Il est devenu également beaucoup facile de parler de n’importe quel sujet, y compris les plus tabous, grâce à Internet : il n’y  a plus le facteur bloquant, la peur d’être rejeté socialement, comme l’espace de discussion Philo Café le démontre si bien.

Je pense que prochainement, et je suis optimiste, l’Humanité va enfin livrer la plus grande bataille de son Histoire, débarrassée des facteurs bloquants psychologiques : vaincre le vieillissement, et par conséquent, la Mort. Débarrassés de cette peur, les hommes pourront enfin vivre en paix.

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